La controverse de Lyon

 

Le débat qui suit fait référence à un excellent article de Jean-Luc Ballester résumant les Assises de Lyon.

En plus de nous donner une foule d'informations très intéressantes sur l'historique du film d'animation en France, JL Ballester nous a fait réagir et réfléchir. Voici les échanges que cet article a suscité.

 

Pierre Cardol, le 30/01/01

On ne peut donc que rêver aux longs métrages hypothétiques qu'auraient pu produire les studios d'animation français si les pouvoirs publics et la loi du marché ne les avaient pas tués dans l'oeuf.

Philippe Dapelo, le 30/01/01

En lisant l'article, il est clair que la série "Les Mondes Engloutis" présente une particularité importante, celle d'avoir été réalisée entièrement en France... Apparemment elle a fasciné pas mal de personnes dans le monde, et continue, comme bon nombre de " nos " productions a être l'objet d'un culte underground international comme c'est le cas pour Laloux, les Cités d'Or, etc. Ce qui me parait intéressant, c'est qu'a travers ce da (comme d'autres) on retrace la carrière des producteurs, animateurs, réalisateurs (comme Nina Wolmarks) sur lesquels tous ces petits joyaux ont reposé... Mais c'est vrais que ça fait un peu mal, comme d' habitude, toutes les opportunités ont été gâchées... Mais il est important de comprendre ne serait-ce que pour en sortir! C'etait une époque de foisonnement... Ajoutons aussi de volontarisme politique (quels autres pays européens ont produits des séries?, à part les programmes éducatifs de la BBC?) et économique... Conjonction de certains facteurs qui nous font donc dire que notre nostalgie n'est pas un simple radotage, mais une prise de conscience d'un moment exceptionnel dont nous avons pu cueillir les fruits, enfants... Et ajoutons que l'on peut rêver à toutes les séries qui restent dans les cartons, comme Ys la magnifique, Robostory (qui est terminée!!), aux films inachevés: depuis le Starwatcher de Moebius, au projet d'une serie animée sur Valerian...plus ceux qu'on sait...

Gildas Jaffrenou, le 31/01/01

Effectivement, on peut parler d'opportunités gâchées, mais il y a eu aussi de vrais sabotages, comme la série Ys.
Une chose m'a frappé, c'est que le gars qui a écrit l'article se réclame d'un Syndicat. Il insiste d'ailleurs à plusieurs reprises sur le problème des rémunérations des animateurs et de l'absence d'un statut pour eux en France.
Je sens bien que je risque de déclencher une polémique, mais je trouve assez ubuesque qu'un tel syndicat existe dans un domaine d'activité où il ne reste pratiquement plus grand monde. Et j'imagine bien la réaction d'un producteur français qui hésite à financer un dessin animé : il voit débarquer ce type, qui connaît très bien son dossier, et qui commence à parler rémunération et conventions collectives.
A mon avis, ça a du en refroidir plus d'un...

Philippe Dapelo, le 01/02/01

C'est vrai qu'on a beaucoup entendu ce leitmotiv depuis les années 80... Je pense en particulier dans le sud, aux syndicats de chantiers navals...
Néanmoins, là ce ne sont pas des dockers... en tout cas si l'affaire est compliquée, j'ai plutot l'impression que l'auteur met le sabotage sur le compte des producteurs, de leur refus de jouer le rôle qui leur était imparti par le système de subventions...
Peu d'audace comme toujours...peu d'interêt pour le "dessin animé" (à prononcer avec une moue méprisante), en terme de rentabilité, ce qui signifie en terme de public ( et pas de considérations artistiques, ça renvoie à la problematique qui me tient à coeur, de l'infantilisation reddibitoire)...

Et c'est vrai que les syndicats, surtout dans cette période, n'ont rien fait pour faciliter les choses...
mais je rappelle une dernière fois l'auteur, qui semble placer la responsabilité ailleurs, chiffres à l'appui:

le Syndicat s'est toujours battu pour la sauvegarde de la qualité artistique et technique des films. Cela non seulement en réclamant une réglementation pour mettre fin au vide juridique dont souffre toujours cette profession, mais également en défendant les conditions de travail et de rémunération. Beaucoup trouvaient les salaires syndicaux "délirants" et criaient au sabordage : jamais les producteurs n'allaient pouvoir produire de l'animation en France avec de pareils salaires! Pourtant, avec ces salaires "délirants", Belokapi a produit Robostory, série de 52 fois 13 minutes pour un coût minute de 42 000 Fr. alors que dans le même temps, France-Animation produisait Les Mondes engloutis à 52 000 Fr. la minute avec des salaires de techniciens inférieurs d'environ 50%.


Vous savez peut-être comment Miyazaki et Takahata ont lancé Ghibli : il y a d'abord eu Nausicaa, dont les animateurs ont été très, très mal payés. Ils s'y attendaient un peu, mais tout le monde à l'époque a fait le pari : faire un film superbe pour convaincre à la fois le public et les producteurs que c'était possible, et que ça pouvait être très rentable. Nausicaa remplit cet objectif au delà des espérances.
Après, une fois le studio Ghibli crée, Miyazaki a beaucoup travaillé la communication auprès des financeurs. Le principe est : 'coûts de prodution élevés', 'risques élevés', et 'rentabilité élevée'. C'est la rentabilité élevée qu'il fallait avant tout prouver pour être crédible.

C'est vrai et c'est marrant, ça ne correspond pas du tout àl'image préconçue que l'on peut avoir des japonais! ...il y a un passage très amusant de Lucas Raffaeli (décidément, il faut que j'en fasse une copie) qui, en réponse aux détracteurs du "dessin animé sans âme fait par des ordinateurs" (leitmotiv courant dans les années 80 des détracteurs de japanim...) montre un studio jap (bandai?) où il n'y a qu'une vieille machine poussiéreuse... qu'ils avaient acheée pour faire l'inventaire des cellulos et les réutiliser (paysages, objets...)
Mais finalement, vu que chaque cellulo se vend sur le marché de la collection, le gain d'un emploi pour cela, en argent et en temps etait négatif...
Il etait beaucoup plus rapide et efficace d'en redessiner un nouveau...
Il est dit aussi que, pour les jeunes italiens, le rêve jap a remplace le rêve americain, et que beaucoup acceptent des salaires de misère pour travailler chez Ghibli et consort...


Si on veut en arriver là en France, il faut commencer par le commencement, et décider un groupe d'animateurs à travailler à pas cher (et tant pis pour le Syndicat), et faire la démonstration de la qualité.
Quelque part, Laloux a cautionné la mort du dessin animé français en allant, pour ses trois films, faire réaliser l'animation à l'étranger. Je ne lui jette pas la pierre, parce que ça devait vraiment être très dur à l'époque...

Ne dis pas ca à René, malheureux, ça va lui filer un infarctus! >;-)

Heu... Pardon René si tu me lis. C'est clair que je n'ai pas toutes les données en main pour juger...

Autre détail qui tue : le seul studio d'animation rentable en France, c'est... Disney !!
On pourrait aussi aller voir du côté de Dreamworks, qui est un studio plutôt récent, pour comprendre comment il s'y sont pris pour se faire leur place.

Ben a mon avis, ils ont un gros capital derriere eux (financier et autre)...Et puis leur devise, c'est pas Ghibli...ça serait peut-être même un peu le contraire (minimum risque...SURTOUT :)))

 

Pierre Cardol, le 01/02/01

Bon sans reprendre en détails tout ce qui a été dit, je voudrais juste exprimer mon avis sur la question des salaires. Je ne pense pas que l'on puisse blâmer le syndicat des "animateurs" (je ne sais plus son nom) de revendiquer des salaires décents avant même le début du travail. Le niveau de vie et le coût de la vie en France est propre à la France et il est anormal d'imposer à un travailleur un salaire ridicule sous prétexte qu'aux antipodes un gars qui peut manger de succulents plats de nouilles pour 5 FF peut faire le même travail que lui pour dix fois moins cher ou que peut-être après avoir jeûner pendant un an, on décidera de mieux le payer (mon oeil).

 

C'est quand même la base du socialisme et est-il besoin de vous rappeler que ce beau rêve américain dont Philippe parlait en ce qui concerne les Italiens qui partent vers le Japon n'est rose que pour une minorité de rêveurs.

Tout ces "beaux" idéaux sont à la base d'une société inégalitaire de libéralisme sauvage et de délocalisation.

A qui la faute?: pas au petit salarié qui a du mal à joindre les deux bouts et à nourrir sa famille, pas au producteur qui tente tant bien que mal de boucler son budget, non, la faute revient à tout ceux qui un jour ou l'autre ont cautionné les lois capitalistes, la e-économie et tout le saint bataclan.
Je n'ai pas l'impression que les gens du syndicat soient des tire au flanc et au dire de l'article, les salaires octroyés même pour robostory ne sont pas si délirants que ça puisque proches des minimas sociaux. Et vous devez savoir qu'il n'y a pas moyen de faire grand chose avec les barèmes les plus faibles.
En ce qui concerne le marché du travail au Japon, j'ai l'impression que les salaires doivent être différents aussi. Ce qui est certain, c'est que les Japonais ont une tout autre philosophie du travail, du sacrifice mais pour dire vrai, je ne souhaite pas vivre dans ce monde là.

Inutile de parler des conditions spéculatives de travail en Corée ou à Taiwan...

Mais je comprend bien qu'on puisse souhaiter qu'un groupe motivé de personner travaillent les coudes serrés pour monter une boîte d'animation et produire du bon et du beau travail. Et si cela marchait?
Croyez-vous le patron où la direction redistribuerait ses bénéfices pour récompenser les laborieux ouvriers qui se sont serré la ceinture pour un idéal, pensez-vous que les télés paieraient mieux ces oeuvres là et leur accorderaient une plus belle place dans les grilles horaires.

C'est ce qui s'est passé pour Ghibli...

Moi je ne crois pas. Je pense que comme c'était bien expliqué dans l'article, ces gens là seraient sans cesse à la merci d'une fermeture, d'un renvoi.
J'arrête là parce que quand je commence à broyer du noir, ça m'énerve.

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